Chance ou choix ? / Luck or choice?

L’autre jour, Manon a écrit un nouveau brillant article qui, comme toujours, m’a beaucoup parlé. Je me suis retrouvée dans chaque ligne et ça m’a donné envie de répondre à son article. C’est un sujet qui me tient à coeur et qui, je sais, est susceptible d’en énerver certain.e.s… mais je me lance quand même !

The other day Manon wrote another brilliant article that, as usual, spoke to me a lot. I could relate to every line and it made me want to answer her article. It is a topic dear to me and I know that it is likely to annoy some of you… but let’s talk about it anyway!

Je crois que je n’ai jamais autant entendu la phrase « Tu as trop de chance ! » que depuis ces cinq dernières années. Evidemment, j’ai vécu aux Etats-Unis, à Londres, en Irlande, en Allemagne, et à chaque fois j’ai énormément voyagé : tout ça n’étant lié qu’à une chance immense.

Hé bien, breaking news : non, il ne s’agit pas de chance.

Avant qu’on ne me tombe dessus, je vais mettre les choses au clair. Je suis née à la bonne époque, dans le bon pays, dans la bonne ville, des bons parents. J’ai une famille soudée, aimante, en bonne santé, sans gros problèmes de quelle que sorte. J’ai reçu une bonne éducation, je n’ai jamais manqué de rien. De ce côté-là, oui, clairement, j’ai de la chance. Je suis partie avec les bonnes bases dans la vie et j’ai beaucoup de privilèges.

Mais quand j’entends que j’ai de la chance, ça ne vient pas de pauvres orphelin.e.s affamé.e.s. Ca vient de gens comme moi, privilégiés. Je prends mes précautions avant de recevoir des commentaires outrés : c’est à ces personnes bien précises que cet article s’adresse. C’est  à eux.elles que je dis : ce qui m’arrive depuis cinq ans, ce n’est pas de la chance. Ce sont des séries de choix et d’opportunités bien saisies.

Comme le dit très très bien Manon, me dire que j’ai de la chance, c’est nier le fait que je suis en fait responsable de ma vie et que j’ai fait des choix et des sacrifices pour atteindre mes objectifs. Rien ne m’est arrivé tout cuit dans la bouche, je ne me suis pas réveillée un beau jour avec tous mes rêves réalisés.

Je prends les cinq dernières années en exemple car ce sont celles où apparemment la chance m’a le plus frappée…

I think I haven’t heard the sentence « You’re so lucky! » as much as over the last few years. Of course – I lived in the USA, in London, in Ireland, in Germany, and every time I traveled a lot. All this was just due to huge luck.

Well, breaking news – no, this isn’t about luck.

Before you’re all coming for me let’s put this straight. I was born at the right time, in the right country, in the right city, from the right parents. I have a loving, healthy family with no big problems whatsoever. I got a good education, I’ve never lacked anything. On that side, yes, clearly, I’m lucky. Life has given me a lot from the very start and I do have a lot of privileges.

But when I’m told I’m so lucky it doesn’t come from poor starving orphans. It comes from people as privileged as I am. Before I get outraged comments – in this article I’m only talking about those people. And I’m telling them – what has happened to me since the last five years is not about luck. It’s about a series of choices and well seized opportunities.

As Manon writes it very rightly, telling me I’m lucky is denying the fact that I’m actually responsible for my life and that I’ve made choices and sacrifices to reach my goals. Nothing arrived just like this, I didn’t wake up one day with all my dreams fulfilled.

I’m taking the last five years for examples since apparently it’s when luck stroke me the most…

Je suis partie un an étudier aux Etats-Unis : chance ? Non. Pour partir, j’avais bien réfléchi à mon projet plus d’un an à l’avance, j’avais préparé mon dossier et mon entretien, puis j’ai ensuite été sélectionnée. Aucune chance là-dedans, uniquement du travail et de la motivation. Sur place, j’avais des aides financières, comme tous.tes les étudiant.e.s qui demandent des bourses, et le programme auquel j’avais postulé me payait. J’ai donc géré toute seule.

Je suis partie un an travailler à Londres : chance ? Non. Pour partir, j’ai répondu à une offre de stage puis sur place à une offre d’emploi. Mes parents m’ont aidée le premier mois en attendant la première paie et les premiers financements, puis je me suis débrouillée.

Je suis partie quatre mois en stage en Irlande : chance ? Non. Pour partir, j’avais commencé à envoyer des candidatures spontanées 8 mois à l’avance. J’ai accepté un stage non rémunéré, que j’ai financé grâce à mes économies de l’année passée et à un travail en ligne une fois là-bas.

Je suis partie un an en volontariat en Allemagne : chance ? Non. Pour partir, j’ai postulé à une offre de volontariat. Je recevais 650€ par mois et je travaillais en ligne le soir pour avoir un peu plus de sous. Et ça m’a suffi pour vivre, m’amuser, voyager et économiser.

J’ai beaucoup voyagé : chance ? Depuis que je voyage pour moi, non. J’ai eu de la chance que mes parents m’emmènent dans plein de pays dès mon plus jeune âge, ça, oui. Mais depuis mon premier grand voyage de 3 semaines aux Etats-Unis, avec des amis et mon ex quand j’avais 18 ans, je finance mes voyages toute seule comme une grande et je pars où je veux. Je sais très bien que le fait que je voyage beaucoup en intrigue pas mal. Mais comment elle finance ses voyages ? Comment elle a autant de vacances ? Et là je vous réponds : choix, compromis, sacrifices, organisation. Je suis une personne très économe et je garde certaines mes économies pour voyager. Grand secret de ouf, hein ? Mais qui dit économiser dit réfléchir à ses dépenses et faire des choix. A Noël et mes anniversaires, je garde toujours des sous pour un projet de voyage précis. Avec Ciaran, on ne s’offre que des voyages, jamais de cadeaux matériels. Je n’achète quasiment pas de vêtements, et Ciaran n’en achète absolument jamais. On n’achète pas de choses dont on n’a pas besoin. Le midi j’apporte mon repas plutôt que d’en payer un. On a décidé de ne pas avoir de voiture ou de belle télé. Et croyez-moi, tout ça suffit à faire une énorme différence. Alors là, certain.e.s vont se dire « mais c’est nul comme façon de vivre, vous vous amusez jamais ». Hé bien, si. On arrive à gérer, on sort quand on a envie, personnellement je ne me prive pas. Tout ça pour moi est clairement un choix de vie : on dépense moins au quotidien pour pouvoir voyager. Il m’arrive également régulièrement de voyager sans mon mari, si j’ai l’opportunité de voyager avec mes parents ou avec des amies et que lui ne peut ou ne veut pas : c’est impensable pour certains couples, nous on trouve que quand j’ai une occasion de voyager qu’il ne veut ou ne peut pas saisir, ce serait dommage que moi je m’en prive.

I left to study in the USA for a year. Luck? No. To go there I had thought my project through more than a year ahead, I had prepared my application and my interview, and then I was selected. No luck there, only work and motivation. When I was there I got financial aids just like all other students who apply for grants, and the programme I had applied to was paying me. So I handled everything by myself.

I went to London to work for a year : luck? No. To go there I had answered an internship offer and when I was there I answered a job offer. My parents helped me the first month when I was waiting for my first pay and the first financial aids and then I managed by myself.

I went to Ireland for a four-month internship: luck? No. To go there I had started to send spontaneous applications 8 months ahead. I accepted an unpaid internship that I paid for thanks to my savings from the year before and to an online job there.

I went to Germany for a year for a voluntary service : luck? No. To go there I applied to a voluntary offer. I would get €650 per month and I would work online in the evenings to have a bit more money. And it was enough for live, have fun, travel and save.

I’ve traveled a lot : luck? Since I’ve been traveling for myself, no. I was lucky that my parents took me to loads of countries from my youngest age. But since my first big 3-week-road-trip in the USA with friends and my ex boyfriend when I was 18, I have been paying my travels by myself like a big girl and I’m going where I want. I know very well that the fact I’m traveling a lot makes some people wonder – but how does she pay for her trips? How does she have so many holidays? And my answer is : choices, compromises, sacrifices, organisation. I am a great saver and I keep some of my savings to travel. Huge crazy secret, right? But who says saving says thinking about what you spend and making choices. For Christmas and my birthdays I always keep money for a precise travel plan. With Ciaran we never give each other material gifts but instead we go on a trip somewhere. I almost never buy clothes and Ciaran absolutely never buys any. We don’t buy things if we don’t need them. I bring my lunch to work instead of buying one. We don’t eat meat at home. We decided not to have a car or a nice TV. And believe me – all this is enough to make a huge difference. So I know some of you may say « wtf is this way of living, they never have fun. » Well, we certainly do. We always manage well, we go out when we feel like it, I don’t feel I’m depriving myself. For me all this is clearly of way of living: we spend less daily to be able to travel. I also often travel without my husband, if I have the opportunity to travel with my parents or with friends and if he doesn’t want to or can’t come: for some couples it’s unthinkable, but we think it would be a shame not to do something if I can.

« Oui mais t’as plus de vacances que moi ! » – plus que certaines personnes, mais moins que d’autres, tout est relatif ! Et encore une fois, je vous répondrais : vous choisissez ce que vous faites de vos vacances et comment vous les prenez, à vous de vous organiser si vous avez envie de partir quelque part.

« Oui mais t’as pas d’enfants! Ou une maison à payer ! » – alors déjà, c’est aussi un choix. Et ensuite, avoir des enfants ne signifie pas la mort de tous vos voyages. Mes parents ont voyagé avec ma soeur et mon frère, quand ma mère ne travaillait pas et que mon père était encore étudiant. Certains parents partent faire le tour du monde avec leurs enfants. Je ne dis pas que c’est le truc hyper facile à faire. Ca demande ENCORE UNE FOIS des sacrifices et de l’organisation. Mais ce n’est pas impossible. Je ne vous dis pas non plus qu’une fois maman je voyagerai autant : j’aurai évidemment plus de dépenses au quotidien. Mais je sais que je ne renoncerais pas à tous mes projets de voyages.

On fait chacun.e des choix de vie qui ne tiennent qu’à nous. Si je suis sceptique quand des gens avec tout autant de privilèges de base que moi me disent « je ne peux pas voyager car je n’ai pas d’argent », c’est parce que j’ai toujours réussi à le faire alors que je touche tout juste mon tout premier salaire qui se situe juste au-dessus du SMIC… Forcément, je me dis que la différence entre moi et ceux et celles qui me disent ça tient dans la gestion de l’argent et dans nos priorités. Pour moi il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de faire. On vit chacun.e nos vies comme on l’entend et encore heureux qu’on n’a pas tous et toutes les mêmes désirs ! Mais si moi, j’ai décidé de voyager autant que je peux et de mettre mon argent là-dedans : ne venez pas me dire que j’ai de la chance et pire, ne rejetez pas sur les autres votre incapacité à réaliser vos envies.

« But you have more holidays than I do! » – more than some people but less than others, everything is relative! And once again I’d answer you : you do choose what you’re doing with your holidays and how you’re taking them, up to you to get organized if you want to go somewhere.

« But you don’t have children!  Or a house to pay for! » – that’s yet another choice, first of all. And having children doesn’t mean the end of all your travels. My parents traveled with my sister and my brother when my mum wasn’t working and my dad was still a student. Some parents go on a world tour with their children. I’m not saying it’s easy peasy. It requires ONCE AGAIN sacrifices and organization. But it’s not impossible. I’m not saying either that once I’m a mum I’ll travel as much : of course I’ll have more expenses. But I know I won’t give up all my travels plans.

We all make life choices that are only up to us. If I’m skeptical when people with as many privileges as me tell me « I can’t travel because I don’t have any money », it’s because I’ve always managed to do it even though I’m earning my very first salary that’s just above the minimum wage… Of course I have to tel myself that the difference between me and the people who say this lays in the way we spend and the things we prioritize. To me there are no right or wrong ways of doing. Each of us lives their lives they way they want to and thank God we don’t all have the same wishes! But if I decided to travel as much as I can and to use my money for it – don’t come to tell me I’m lucky and even worse, don’t put on others your incapacity of following your own desires.

Publicités