Je suis née quelque part, laissez-moi ce repère ou je perds la mémoire.

Je m’octroie une petite pause dans le périple irlandais pour parler d’un tout autre sujet en cette veille de « grand » départ. Quelques pensées jetées comme ça, alors que je regardais le jour décliner entre Dublin et Newry.

Bus Dublin – Newry, seule après trois semaines de vacances en famille à ne pas avoir une minute à soi, pour le meilleur et pour le pire. Je ne suis jamais seule assez longtemps pour être capable de déterminer si je déteste cela ou si j’en ai besoin. Une sorte de sentiment entre les deux, indéfini voire indéfinissable.

Être seule après tant de temps en communauté résume bien ce sentiment. Un immense soulagement – je peux faire ce que je veux! quand je veux! où je veux! – mêlé d’un vide incomparable. Ce creux au fond de la poitrine, les larmes qui malgré moi perlent au coin des yeux, les mots d’amour et les déclarations qui soudainement se bousculent dans mon esprit, cette drôle de culpabilité et cette angoisse tenace, je les connais bien. Ils m’envahissent à chaque séparation et bien que celle-là ne soit que très provisoire, je sais qu’elle en cache une autre, plus profonde et douloureuse, qui ne sera pas la première, ni la dernière.

Je regarde le ciel rosissant et me demande une énième fois pourquoi je ressens le besoin de partir. N’est-ce pas une drôle d’idée de s’exiler alors qu’on pourrait jouir d’un confort inégalable en restant chez soi? Pourquoi aller voir ailleurs alors qu’on apprécie sa terre natale et qu’elle nous manque de cette drôle de façon dès qu’on s’en éloigne? Pourquoi se séparer des personnes qui nous aiment et que l’on aime le plus? Et surtout, pourquoi ressentir un tel vide alors que c’est une décision personnelle, réfléchie et en aucun cas obligatoire?

En même temps… quelle excitation que celle de découvrir un nouvel endroit, de partir à l’aventure, vers l’inconnu, de déjà savourer les innombrables et incroyables expériences que l’on aura l’occasion de faire, d’être envahis de toutes nouvelles sensations pourtant étrangement familières, et de revenir changés, grandis, mais toujours les mêmes, avec un lot de fantastiques souvenirs en plus…

Tours, retardant le moment d’aller se coucher et de passer ma dernière nuit ici avant plusieurs mois. Maintenant c’est presque l’heure, la plupart des au revoir ont déjà été faits, sans trop de peine à ma grande surprise. Cette fois je pars juste à côté, pas pour si longtemps, et puis je ne suis pas toute seule, j’ai fait bien pire! Les mots à se répéter pour se persuader que quoi qu’il arrive, tout ira bien.

Et quand les larmes commencent tout doucement à brouiller mes yeux, je me sens chanceuse d’avoir tant de gens incroyables à regretter une fois partie.

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